Projet de création
d’un espace de valorisation de la pêche traditionnelle :
son passé, son présent, son avenir
(Septembre/Octobre 2008)
Introduction : L’idée de
départ
En décembre 2007, à la suite des problèmes de commercialisation du Maigre, une réflexion a vu le jour au sein de la
coopérative Maritime LOGICOOP. Un groupe composé d’une demi-douzaine de personnes a réfléchi aux causes de cette situation et a recherché à poser les bases d’un projet cohérent, susceptible de
produire des solutions pour atténuer les conséquences du renouvellement de situations similaires sur le port de Saint Jean de LUZ et CIBOURE.
Quelle est la situation
actuelle ?
Les adhérents de la Coopérative Maritime LOGICOOP, tous armateurs navigants, ont des bateaux de petite taille par rapport
à la moyenne de la flotte de pêche française. S’ils utilisent des techniques de pêche différentes, tous ont en commun une utilisation responsable de ces techniques, respectueuses de la ressource
halieutique.
En effet, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise technique, c’est l’application de ces techniques qui fait la différence.
La pratique des adhérents de LOGICOOP est économe en énergie et en frais en général, car leurs bateaux sont convenablement motorisés et les équipements convenablement dimensionnés. De ce fait,
ils limitent les ponctions sur la ressource halieutique.
De plus, aux vues des mesures prises au niveau national dans le cadre des
contrats bleus du Plan Barnier pour une pêche durable et responsable, nous avons pu constater que nos pratiques de pêche correspondaient déjà à ses recommandations.
Leur production est indéniablement de meilleure qualité (ex : les mareyeurs espagnols qui achètent plus cher
certaines productions des pêcheurs luziens. En effet, depuis quelques années les mareyeurs espagnols attendent de connaître les productions luziennes principalement en poisson bleu, comme le
chinchard, le maquereau, etc…, pour effectuer leurs achats, car ils y trouvent une qualité supérieure aux productions espagnoles).
Or leurs efforts ne sont pas récompensés par un prix de vente de leur pêche globalement supérieur à celui du marché.
Comme pour la plupart des pêcheurs français, leurs revenus s’effritent. Ils leur permettent, dans le meilleur des cas, de couvrir à peine leurs charges d’exploitation.
Comme l’ensemble des professionnels de la pêche, ils sont confrontés à 3 problèmes majeurs :
· La raréfaction de la
ressource halieutique,
· La faible
valorisation de la production des bateaux compte tenu des contraintes d’exploitation,
· L’inévitable
augmentation du prix des carburants d’origine fossile.
Sachant qu’il n’existe aucune solution durable pour diminuer immédiatement et de manière conséquente la facture
énergétique, le maintien d’une activité de pêche artisanale dans le port de Saint Jean de LUZ et CIBOURE passe donc forcément par une valorisation
supérieure de la production des bateaux.
De plus, le Groupe de travail a remarqué que le public et les consommateurs
ont une faible connaissance de la vie de la pêche et des pêcheurs. Cette méconnaissance est amplifiée à Saint Jean de Luz et Ciboure par l’histoire récente du port.
D’une manière générale, l’évolution des habitudes alimentaires vers des préparations rapides est contraire à la
consommation de poissons, nécessitant souvent d’être apprêtés ou servis accompagnés d’une sauce. Globalement la consommation diminue depuis longtemps, et les recommandations des diététiciens
vantant les qualités nutritionnelles du poisson ne modifient pas la tendance.
Plus récemment, les états et les citoyens ont pris conscience de la nécessité de repenser les rapports entre l’homme et
son environnement. Sur ce point, les médias et les ONG véhiculent souvent auprès de l’opinion publique les excès des techniques de pêche non sélectives. La gestion de la ressource halieutique est
également un thème sensible, régulièrement repris par la presse écrite comme audiovisuelle.
Les pollutions du milieu marin et leurs éventuelles conséquences sur la santé des consommateurs, alimentées par les trop
fréquentes marées noires ou autres dégazages intempestifs, reviennent souvent à la une de l’actualité.
Le citoyen-consommateur se retrouve devant l’étal du poissonnier avec beaucoup d’interrogations et d’inquiétudes.
Globalement, cela freine l’envie d’acheter du poisson.
En ce qui concerne Saint Jean de Luz et Ciboure, la disparition progressive des conserveries et le déclin de l’activité
de pêche ont réduit le rôle économique de la pêche dans la vie locale, en particulier en diminuant le nombre d’emplois directs et indirects générés par l’activité.
L’activité économique s’est recentrée autour d’autres pôles et le bassin de vie s’est peu à peu détourné de son port de
pêche.
La valorisation de la pêche et de ses produits passe donc nécessairement par une meilleure information du public de la
pêche et de ses problématiques, et pour le bassin de vie de Saint Jean de Luz et Ciboure, par une réappropriation de son port comme un élément vivant et fondamental de son identité territoriale.
La question est
donc :
Comment faire reconnaître les efforts des coopérateurs de LOGICOOP pour
proposer une pêche de qualité supérieure, respectueuse de la ressource halieutique et de l’environnement par les consommateurs du bassin de vie de Saint Jean de Luz et Ciboure dans un premier
temps, par les autres consommateurs dans un second temps, pour leur permettre de poser les bases du maintien d’une activité de pêche artisanale dans
le port de Saint Jean de LUZ et CIBOURE ?
Quels jalons pour l’avenir ?
Les solutions proposées par le Groupe de travail de LOGICOOP consistent à :
ð Créer un lieu de contacts et d’échanges entre les pêcheurs
et le bassin de vie de Saint Jean de Luz et Ciboure,
ð Rechercher dans les produits de la pêche,
les techniques et matières et matériels employés, les zones de pêche, les critères objectifs permettant de valoriser la production des armateurs
navigants de LOGICOOP et de ceux qui les rejoindraient grâce à des signes officiels de qualité et à toute autre communication appropriée.
Un lieu de contacts et
d’échanges :
Ce lieu, ouvert à tous les acteurs du port, professionnels de la pêche ou association œuvrant autour de la pêche et de sa mémoire dans
le bassin de vie, pourrait s’articuler autour de plusieurs axes :
1-
Vente directe :
a) On peut imaginer l’organisation d’une vente à la table par le pêcheur producteur au
client consommateur de poissons. Ainsi, on contribue à créer les conditions d’un échange Terre-Mer. Cet échange pourra être renforcé par la mise en place d’outils de communication et d’animations
spécifiques afin que les consommateurs puissent se réapproprier les recettes et préparations culinaires des poissons locaux et de saison : recettes et cours de cuisine ; proposition de
recettes nouvelles et originales par des chefs ; ateliers dégustation, présentation, apprêt et découpe des poissons et crustacés ; etc. En
particulier, on pourra mettre en avant les qualités gustatives de poissons méconnus des consommateurs.
b) A partir de ce lieu, pourraient s’organiser d’autres types de vente directe, qui se
développent dans le monde agricole, et dans lesquels la vente s’accompagne de la recherche d’une nouvelle définition des relations producteur- consommateur dans un souci de reconnaissance
mutuelle de leurs besoins : ex : AMAP, expériences de commercialisation collective, soit dans des lieux fixes (tenue collective de points de vente, type étal dans un marché), soit au
travers de livraison à domicile (Expérience Basaburuko Saskia à Itxassou).
2-
Centre d’interprétation de la mer et de la vie du port
Au travers de présentations spécifiques telles que : panneaux didactiques, projections diapo, vidéos, organisations de
conférence, etc., les thèmes suivants pourraient être traités, soit dans une exposition fixe, soit au travers d’expositions tournantes, réalisées par des associations ou autres instances
invitées, qui serviraient à l’animation du lieu :
a) Connaissance de l’environnement maritime local : les caractéristiques du littoral et
des zones de pêche habituellement fréquentées par les pêcheurs animant le lieu :
situation géographique ; composition des côtes et des fonds marins ; courants ; animaux et plantes du lieu ; liens
avec la pêche : quels poissons sont pêchés ? Quelles techniques de pêche utilisées ? Quelles autres utilisations et utilisateurs des lieux ? etc.
b) Approche règlementaire de la pêche localement : les zones de pêche et les
législations portant sur le nombre de bateaux, les techniques utilisées ou prohibées, les volumes autorisés, etc.
c) Connaissance des ressources halieutiques locales et des saisons de pêche : volume
des ressources, saison de pêche, techniques utilisées pour les espèces pêchées
d) Découverte des techniques de pêche utilisées localement, et de leurs spécificités par rapport à d’autres ports « traditionnels » ;
e) Les bateaux, leur silhouette, leur équipage, leurs « spécialités » et les
techniques de pêche utilisées par ces bateaux, la « carte d’identité » des bateaux qui constituent la flottille de Saint Jean de Luz/Ciboure, etc.
f) Les métiers du port, du pêcheur au mareyeur, en passant par les divers
métiers techniques (mécanique ; électricité ; avitaillement ; etc.) et les formations proposées par le Lycée Maritime de Ciboure.
g) L’organisation du port : présentation des structures de gestion et d’encadrement et
de leur rôle.
h) Histoire économique du port : les grandes étapes de l’histoire du port, les
« spécialités » de pêche.
3-
Pesca Tourisme (diversification d’activités).
Il s’agit de proposer une activité ludique et pédagogique pour répondre à la demande croissante des touristes recherchant le contact
direct avec le pêcheur. Dans le cadre d’une journée de pêche ordinaire, les gens pourraient ainsi découvrir un métier et un savoir faire qui les fascine.
Le lieu pourrait servir de « bureau » pour mettre en contact les personnes intéressées et les pêcheurs
pratiquant cette diversification d’activités. Ce regroupement des forces en un lieu permettrait de mieux communiquer sur cette activité et rendrait plus facile son développement.
La valorisation par
l’information des techniques utilisées et des espèces pêchées, par la recherche de signes officiels de qualité, etc. :
Le lieu pourrait être la vitrine de(s) ODG (Organisation de défense et de gestion) qui s’occupera(ront) de la promotion et de la
gestion du(des) signes officiels de qualité que les pêcheurs obtiendraient pour valoriser leur production aux yeux des consommateurs et leur donner la garantie d’un produit correspondant à leurs
exigences.
Parallèlement, des informations concernant les pêches concernées, les cahiers des charges et les caractéristiques de qualité
conforteront le lieu dans son rôle de valorisation de l’activité de pêche sur Saint Jean de Luz et Ciboure.
Il convient donc d’impulser les démarches collectives qui aboutiront à l’obtention de signes officiels de qualité ou à la mise en
place de toute autre démarche de valorisation par l’information. LOGICOOP entend s’impliquer dans ce travail, et souhaite mettre en place des groupes de travail à cet effet.
Conclusion : La pêche artisanale,
moteur d’un développement durable du port et de son bassin de vie ?
L’activité de la pêche et le port de pêche constituent les éléments fondateurs de l’identité territoriale des communes de Saint Jean
de Luz et Ciboure.
La disparition de la pêche traditionnelle aurait des conséquences économiques directes et indirectes.
D’une part, elle hypothèquerait la survie des autres acteurs économiques de la filière basés sur le territoire et reposerait la
question de l’existence des structures qu’ils ont mises en place :
- Perte de chiffre d’affaires pour les mareyeurs, mécaniciens et autres fournisseurs de biens et services,
- Perte d’image du port reposant la question d’y baser des bateaux de pêche industrielle ou des établissements de mareyeurs (absence
de débouchés suffisants à proximité du port - industries de transformation ou volume de population),
- Inutilité de certains services portuaires,
- Perte de légitimité d’institutions telles que la criée (Quelle utilité y aurait-il à maintenir une criée dans un lieu où il n’y a
plus de pêche, éloigné des zones de pêche actuellement fréquentées y compris par les bateaux du quartier maritime, enfin également éloignée des zones de négoce traditionnelles ?)
D’autre part, elle toucherait également d’autres secteurs de l’économie et de la société :
- Perte de rentrée fiscale pour les collectivités locales,
- Perte de revenus d’artisans, commerçants, professions libérales, et
plus généralement des entreprises ayant pour clientèle principale la population du bassin de vie,
- Perte d’identité et d’image ayant pour conséquence une perte de
l’attractivité de la zone pour l’industrie du tourisme (particuliers, tourisme d’affaires, organisation de congrès et autres manifestations),
- Perte d’attractivité pour les entreprises qui sont sur le territoire ou
souhaitent s’y implanter pour y développer leur activité.
Maintenir et consolider l’activité de pêche artisanale sur le port est donc un enjeu fondamental pour le territoire, ses habitants et
les activités économiques et sociales qu’ils y ont implanté.
Cela passe par une reconnaissance de ses spécificités et de ses atouts, à la fois par la filière pêche, et par le territoire dans
lequel elle s’inscrit.
LOGICOOP entend participer à ce travail de reconnaissance en mobilisant les pêcheurs armateurs navigants autour d’un projet collectif,
innovant, qui s’inscrit parfaitement dans le cadre du développement durable du territoire :
- Il s’inscrit
dans un territoire précis,
- Il est utile
à la population de ce territoire,
- Il est
quantifiable et vérifiable, y compris dans son degré d’utilité sociale.
En rendant les pêcheurs artisanaux acteurs de leur présent, LOGICOOP souhaite qu’ils participent à la fabrication de leur
avenir.